commune de plein exercice
Perrégaux est régie militairement et rattaché à Saint-Denis du Sig jusqu'à son érection en commune de plein exercice le 30 septembre 1870. Jusqu'à cette date, par décrets impériaux du 1er et du 30 avril 1865, le village formait une section communale avec Saint-Denis du Sig.
En 1873, Achille Fillias nous indique, dans son ouvrage Géographie Physique et Politique de l'Algérie, que Perrégaux possède une mairie, une gendarmerie, une église, une école mixte et une station de chemin de fer; fermes nombreuses, céréales, bétail; marché arabe tous les jeudis; - 666 habitants.
Avec l'augmentation du nombre d'habitants, il est construit deux écoles de part et d'autre de l'église Saint-Martin: une école des garçons et une école des filles.
En 1876, Perrégaux est un chef lieu de canton et de commune de 2100 habitants dont 610 Français, 4 Israélites, 589 Indigènes et 897 Etrangers presque tous espagnols. Les Espagnols sont plus nombreux que les Français et les Arabes. On parle Espagnol dans les rues de Perrégaux, enfin plutôt le Valencien, dialecte courant pratiqué jusqu'à Guardamar, officiellement village le plus au sud du parler Valencien en Espagne.
En 1877, le maire, Jules Duforest, indique dans une notice historique, l'existence d'une école des garçons gratuite, avec un instituteur et 50 élèves, et une école des filles dirigée par une institutrice et une classe de 40 élèves.
Le projet de construction d'une mairie est finalement adopté en 1880. Il est également créé un asile, un commissariat de police et une prison.
Le 15 décembre 1881, le barrage de l'Oued-Fergoug cède pour la deuxième fois. Deux cent cinquante personnes furent noyées et la ville presque entièrement détruite.
Le consulat d'Espagne à Oran recense 1362 Espagnols à Perrégaux.
Malgré tout, Perrégaux prospère rapidement grâce à la volonté de ses habitants qui œuvrent pour faire de leur commune un village où il fait bon vivre.
En 1887 la population du centre de Perrégaux compte 937 Français, 1811 Etrangers, 1805 Musulmans et 42 Israélites, soit au total 4602 habitants.
En septembre 1903, Isabelle Eberhardt relate, dans ses "Notes de route", son passage à Perrégaux.
J'allais dans le Sud oranais, comme reporter... Le rêve de tant de mois allait se réaliser, et si brusquement !
Le long voyage en chemin de fer, à travers tout l'ouest et le sud-ouest de l'Algérie fut charmant.
Dans la première émotion joyeuse du départ, j'eus quelques heures de repos et de rêverie.
Il est ainsi, à certaines époques de la vie, des instants où rien d'extraordinaire ne survient, mais qu'on n'oublie jamais dans la suite, car ils sont d'une indicible douceur.
C'était à Perrégaux, où il faut attendre le train d'Arzew qui descend vers le sud.
Perrégaux n'est qu'un bourg espagnol serti de grands jardins verts, au milieu d'une immense plaine fertile. Pourtant, ce coin très quelconque du Tell algérien me parut souriant, presque beau.
Le jour déclinait, limpide, sur le calme de la campagne. Une haute colline barrait l'horizon qui s'allumait peu à peu. Au sommet, il y avait une petite chapelle de Sidi Abdelkader de Bagdad, qui semblait toute rose, entre quelques silhouettes d'oliviers gris. Là, dans l'herbe desséchée, des pierres brutes se cachaient : le cimetière musulman, un lieu de mélancolie calme, sans rien de funèbre. e soir, j'allais m'étendre sur une natte, devant un café maure. A coté, au-dessus de la porte cochère d'une hôtellerie espagnole, on lisait en gros caractères maladroits : defendido entrar gitanos, << entrée interdite aux gitans >>.
En face, un mur nu se profilait sur l'opale rose du couchant. Accroupis à terre, des Arabes nomades rêvaient. Dans l'air chaud, des senteurs connues traînaient les senteurs du pays bédouin, au soirs d'été : fumée de thuya ou de genévrier, odeurs de peaux de boucs, de goudron, de chairs bronzées en moiteur. Et moi, je goûtais la volupté profonde de la vie errante, la joie d'être seule, inconnue sous le burnous et le turban musulmans, et de regarder en paix le jour finir en des lueurs rouges sur la simplicité des choses, dans ce village où rien ne me retenait, et que j'allais quitter à la tombée de la nuit.
isabelle EBERHARDT, femme de lettres et voyageuse, née à Genève le 17 février 1877 de père russe converti à l'Islam et de mère russe chrétienne, Mme De MOERDER, née Nathalie Eberhardt.Elle épouse un maréchal de spahis d'origine algérienne et de nationalité française, selon le rite musulman. Elle meurt à Aïn Sefra le 21 octobre 1904, sous l'éboulement de sa maison emportée par l'oued en crue.
Oeuvres principales : Nouvelles algériennes (1905), Dans l'ombre chaude de l'islam (1906), Les journaliers (1922).