Par Jules Duforest, maire de Perrégaux
Centre agricole et industriel situé sur la rive droite de l'Habra à:
- 75 kilomètres à l'est d'Oran
- 28 kilomètres au nord de Mascara
- 40 kilomètres au sud de Mostaganem
- 52 kilomètres à l'ouest de Relizane
La commune de Perrégaux occupe aujourd'hui une superficie de 15365 hectares, dont 13099 hectares 60 ares font partie des 24 000 hectares de la Cie Franco Algérienne.
Sa création remonte à l'année 1858 (décret du 29 juillet). Il lui fut attribué un territoire de 2265 hectares 40 ares d'origine Beylick, tout irrigable, divisé en 128 feux, dont 113 furent concédés savoir:
- 1 à un colon venu de France
- 112 à des colons algériens.
Par décision impériale des 1er et 30 avril 1865, le centre de Perrégaux, jusque là régit militairement, fut rattaché au district de Saint Denis du Sig, dont il forma une section communale jusqu'au 30 septembre 1870, époque où il fut érigé en commune de plein exercice.
Les commencements de ce centre furent des plus difficiles; créé en vue d'être irrigué dans toute l'étendue de son territoire, il attendit l'eau pendant seize ans; cette situation fâcheuse sur tous les points fut la ruine de bien des colons, et les conséquences sont telles que Perrégaux qui aujourd'hui possède des éléments exceptionnels de prospérité, se ressentira toujours de ce manque d'eau, car sur 113 concessions données, 67 ont été rendues, soit par expropriation, soit volontairement; sur les 46 restant, 25 seulement sont exploitées par les attributaires eux-mêmes, les 21 autres sont bien restées entre les mains des attributaires. Mais ceux-ci n'habitent pas la commune, et de même que les acquéreurs des 67 concessions vendues et qui sont en partie étrangers à la localité, n'ayant eu d'autre perspective jusqu'en 1874 que de dépenser de l'argent en pure perte, ils n'ont pas construit de maison. Il en résulte cette situation que dans toutes les rues il y a en quantité des lots à bâtir inoccupés sur lesquels il reste une petite maisonnette en ruine et qu'une partie des lots de culture sont loués à des arabes.
Cependant cette situation pourrait changer. Il faudrait pour cela que le chemin de fer d'Arzew à Saïda lorsqu'il fonctionnera crée ici des industries comme au Sig, des chantiers pour la préparation de l'alfa, des écorces à tan, car il n'est pas impossible qu'une partie des marchandises de Saïda et des environs à destination d'Oran, emprunte la voie ferrée pour être transbordées à Perrégaux, sur le chemin de fer PLM ce qui amènerait nécessairement des ouvriers; il faudrait aussi que les propriétaires consentissent à bâtir et à louer les terrains aux européens.
Il serait injuste de croire que les premiers colons n'ont pas cherché à sortir de la situation qui leur était faite par le manque d'eau. En 1863 alors que les colons n'étaient qu'une trentaine, ils demandaient déjà d'être autorisés à construire à leurs frais un barrage réservoir aux environs de Perrégaux, barrage primitif il est vrai, mais qui ne leur aurait pas moins permis d'arroser leurs terres, comme l'étaient celles de l'Habra, par le barrage de Saint Maur, en fascines; il leur fut répondu que l'administration allait construire un grand barrage réservoir, à l'oued Fergoug. Ils demandaient aussi d'établir une pompe qui aurait élevé l'eau de la rivière pour permettre l'alimentation du village. L'insurrection de février 1864 fit partir quelques colons et empêcha quelques autres de venir.
Le 24 juillet 1864, les 24 000 hectares de la plaine de l'Habra furent vendus, et l'acquéreur devait entre autres conditions construire le barrage de l'Oued Fergoug. Les colons qui étaient au nombre de 35 environ, eurent l'espoir d'arroser leurs terres, 2 ou 3 ans plus tard.
En 1865 les travaux du barrage sont commencés. On espère qu'ils seront terminés fin de 1867. Il ne fonctionna qu'en 1871, mais Perrégaux ne put en profiter, parce que le canal destiné à amener l'eau à Perrégaux et qui est accolé à une montagne schisteuse non complètement assise avait été emporté par les eaux pluviales. En 1872 une commission syndicale fit établir des gaines en bois. L'eau arriva par ce moyen pour la première fois à Perrégaux, mais hélas cela ne dura que 12 heures. La montagne s'affaissa; malheureusement à cette époque le canal avait été remis entre les mains du syndicat et l'administration put ainsi de désintéresser de la question.
En 1873 les propriétaires firent un suprême effort et empruntèrent 60 000F pour rétablir le canal au moyen de gaines en tôle établies à l'endroit ou la montagne avait glissé.
Enfin au commencement de 1874, l'eau arriva définitivement à Perrégaux, mais il avait été dépensé 81000f. pour arriver à ce résultat. Cette énorme dépense nuit essentiellement au bon fonctionnement du syndicat, en ce sens que sur un budget de recettes de 18000 f, près de 12000 sont absorbés par les intérêts et l'investissement.
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Cultures
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Les cultures actuelles se composent de:
196 hectares de blé tendre
675 hectares de blé dur
1196 hectares d'orge
16 hectares d'avoine
87 hectares de lin
total 2257 hectares
Si l'eau ne manque pas, peut-être fera-t-on 3 à 400 hectares de maïs, le reste du territoire est en pâturage. Dans la plaine, les colons isolés abandonnent de plus en plus les cultures, pour ne se livrer qu'à l'engrais du bétail.
Les terres valent en moyenne 400 francs l'hectares.
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Voies de communication
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Au nord, Perrégaux est traversé par la route départementale de Mostaganem à Mascara qui l'atteint à son quarantième kilomètre. Jusqu'à ce point, cette route est à l'état d'entretien, c'est à dire qu'elle est fermée et entretenue par un service régulier de cantonniers. Son empierrement continue à la traversée du village et se termine au kilomètre 41. De ce point à l'oued el Hammam, les terrassements sont faits, quelques parties mêmes sont emprisonnées mais imparfaitement et non d'une manière continue.
A l'ouest se trouve le chemin de grande communication du Sig à Perrégaux qui dessert la plaine de l'Habra. Ce chemin est empierré du coté du Sig jusqu'à Mocta Douz et du côté de Perrégaux jusqu'au hameau de l'Habra. Il ne resterait donc qu'environ sept kilomètres à construire pour le mettre en bon état de viabilité.
Parallèlement à la ligne ferrée du PLM et au même point cardinal, existe le chemin d'intérêt commun du Sig à Perrégaux, qui, fait depuis longtemps, s'est conservé en bon état.
Au nord et presque parallèlement à la route de Mostaganem, se trouve encore un chemin vicinal, classé de 10 kilomètres environ, dont les terrassements vont être commencés. Ce chemin est appelé à desservir toute la plaine de Perrégaux jusqu'à Debrousseville. Il est fâcheux que les ressources de la commune ne permettent pas l'empierrement de cette voie de communication qui est d'une utilité incontestable pour les colons voisins.
Perrégaux est donc suffisamment desservi au nord et à l'ouest par des routes ou chemins. Au sud, il en serait de même si la route départementale de Mostaganem à Mascara était empierrée entre Perrégaux et l'Oued el Hammam. Ces travaux d'empierrement peuvent se faire peu à peu au moyen de crédits alloués par le département.
Il n'y a donc qu'à l'est que Perrégaux se voit dépourvu de tout moyen de communication. Il se trouve de ce coté une solution de continuité qui porte préjudice à toutes les propriétés situées entre le village et l'oued Malah, Romri et Bouguirat. Une route serait cependant de première utilité pour desservir cette contrée dont les habitants sont souvent appelés pour leurs affaires à Perrégaux, et prennent pour y arriver un chemin accidenté, sur lequel la circulation est difficile en été et impossible en hiver.
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Eaux et fontaines
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Le village est alimenté par les canaux d'irrigations, eau provenant du barrage de l'oued Fergoug, territoire complètement irrigué.
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Edifices publics
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Gendarmerie construite en 1864, par le département.
Ecoles, presbytère, église provisoire et mairie provisoire en construction.
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Services municipaux
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Municipalité: - 7 Français
- 1 étranger
- 1 musulman
Electeurs français : 174
Electeurs étrangers : 41
Electeurs musulmans: 34
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Cultes
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7 familles protestantes
18 familles israélites
le reste catholique.
Un prêtre catholique, un rabbin.
Justice, poste, télégraphe, gendarmerie, juge de paix, greffier, interprète, huissier.
Poste et télégraphe réunis, sous un même employé.
1 brigadier, 4 hommes.
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Instruction publique
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Ecole des garçons gratuite, un instituteur, 50 élèves
Ecole des filles gratuite, une institutrice, 40 élèves
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Situation financière (1871-1876)
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L' excédant de recettes de chaque année provient de ce que les prestations n'ont pas encore été employées sur les chemins vicinaux. Cette année elles le seront.
Pour l'année 1877, les revenus seront augmentés par suite de la création d'un marché aux bestiaux pour l'édification duquel la commune a fait un emprunt de 4000f, remboursable en 5 années. Malheureusement cette année de sécheresse nuit beaucoup à la prospérité de cette création.
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Commerce
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Le commerce ne consiste qu'en grains et en engrais de bestiaux, l'importance du chiffre d'affaires pour l'année 1876 peut s'élever à environ 500 000f.
Les résultats du marché, création du 1er janvier 1877, ne pourront être appréciés qu'à la fin de l'année.
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Industrie
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Nulle; susceptible d'atteindre un certain développement si le port d'Arzew n'absorbe pas à lui seul toutes les marchandises venant des hauts plateaux, par le chemin de fer d'Arzew à Saïda.
La gendarmerie doit être doublée pour assurer le service d'une manière régulière, ou bien le territoire doit être agrandi à l'ouest, au sud et à l'est, pour permettre l'établissement d'une police sérieuse.
La Cie franco Algérienne a fait une plantation de 10 hectares de cannes à sucre, sans résultat.
Perrégaux, le 31 mars 1877.